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Bien avant de m’orienter vers le dessin, je m’étais rêvée physicienne. Lors de l’étude de la relativité, démonstration après démonstration, je découvrais le pouvoir de l’écriture mathématique. Il permettait de saisir quelque chose du réel qui allait à rebrousse-poil de certaines intuitions, de nos représentations spatio-temporelles et de la construction de nos perceptions.

Cette question du réel a d’abord guidé mes pas vers une curiosité pour l’origine et la forme de l’univers jusqu’à la fréquentation assidue des surfaces unilatères. Ces surfaces font partie du terrain de jeu d’une géométrie décoiffante : la topologie. Cette géométrie est déstabilisante pour nous qui sommes plongés dans un espace qui, la plupart du temps, s’appuie sur la géométrie euclidienne, où l’espace est surtout soumis à l’épreuve de la mesure. La topologie déplace notre rapport à l’espace, ses préoccupations sont très plastiques et plus qualitatives que quantitatives. Une nouvelle pratique du regard et du toucher s’engage, un regard rapproché, un tact du regard.

Fondamentalement paradoxal, le topologique maintient une tension irrésolue entre local et global, dedans / dehors, continu / discontinu. Il problématise les voisinages, frontières et passages. D’une part, ces termes ont un écho très fort et semblent pouvoir faire retour dans le champ social et politique contemporain. D’autre part ces enjeux sont au cœur de ma pratique du dessin. C’est d’abord la remise en question du support en tant qu’écran de projection, où une demi torsion clôture et met en continuité les deux faces de la feuille. Chaque geste de création se trouve pris et déplacé dans cet espace paradoxal. Que se passe-t-il alors, quand le dessin plutôt que de représenter un indice de réel vient s’y réduire et se présenter comme tel : un objet / espace topologique ?

Et comme me l’avait appris le cours de relativité en physique, je prenais conscience que la valeur relative des variables dépendait du choix et d’une prise de position. L’art est cette expérience où la différence entre ce qui a pu prendre une valeur ou pas est aussi mince que ce qui sépare les deux faces de la bande de Möbius et est similaire au passage continu d’un côté à l’autre. La tension entre continu et discontinu se maintient jusqu’à la coupure de la bande. Positive ou négative, la valorisation se réduit à être une coupure dans la continuité du temps.

 

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Sluice art Fair / Schéma project

Amélie de Beauffort à Sluice art fair

à Londres

47/49 Tanner St, Bermondsey, London, SE1 3PL

19 & 20 October 2013
12 – 9PM
47/49 Tanner St
Bermondsey

http://www.sluiceartfair.com

invitée par Schema project (Brooklyn, NY)

http://schemaprojects.com/